Membre de l’Académie française, François Sureau, ex-avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation (2014-2021) vient de sortir son dernier livre, L’Heure française (Gallimard, 160 pages, 18 euros). Un temps proche d’Emmanuel Macron, ce défenseur des libertés publiques dresse un cinglant réquisitoire de la gestion par l’exécutif du mouvement social et plus largement des deux mandats du président de la République.
Comment qualifiez-vous la crise actuelle ?
Elle est alimentée par la propension du personnel politique à ruser avec la volonté populaire. Cette propension n’est pas nouvelle, mais elle est devenue plus ouverte, presque avouée, comme une sorte de bras d’honneur constitutionnel.
Au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, les Français ont voté « non » et leur vote a aussitôt été contourné. En 2024, ils ont signifié de manière assez claire qu’ils ne voulaient plus du macronisme lors des élections législatives et ils ont hérité d’un pouvoir resserré autour du premier cercle macroniste. Ces ruses peuvent être vues comme le simple désir de se maintenir au pouvoir et de jouir de ses avantages. Et les mêmes qui rusent avec la volonté populaire sermonnent sans mesure le bon peuple sur ses passions tristes, son inadaptation, sa violence, son mépris du droit de propriété…
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